
La question de la modification du lieu de travail d’un salarié est récurrente et encadrée par le droit du travail. L’employeur dispose d’une certaine latitude pour organiser l’entreprise, mais ce pouvoir n’est pas absolu et doit respecter les droits des salariés.
Tout dépend si le changement constitue une simple modification des conditions de travail ou une véritable modification du contrat, impliquant des procédures différentes et des droits spécifiques pour le salarié.
Modifier le lieu de travail : les règles de base
La distinction entre simple changement et modification du contrat
L’employeur peut déplacer un salarié. La clé de l’analyse réside dans la nature du changement : est-ce une simple modification des conditions de travail, ou une modification du contrat de travail lui-même ? Cette distinction détermine si l’accord du salarié est requis ou si l’employeur peut imposer le changement. Plusieurs éléments entrent en jeu pour trancher : l’existence d’une clause de mobilité, la localisation du nouveau lieu par rapport à l’ancien, et la formulation du contrat.
Le rôle de la clause de mobilité
Une clause de mobilité, insérée dans le contrat de travail, autorise l’employeur à modifier le lieu de travail du salarié. Pour être valable, cette clause doit être écrite, définir une zone géographique précise et être justifiée par l’intérêt de l’entreprise. Si elle respecte ces conditions, l’employeur peut, dans le périmètre défini, imposer un changement de lieu sans modifier le contrat de travail, même si la nouvelle affectation se situe en dehors du secteur géographique initial. La clause doit toujours être appliquée de bonne foi.
L’importance du secteur géographique
Sans clause de mobilité, la notion de secteur géographique est déterminante. Si le nouveau lieu de travail se situe dans le même secteur géographique que le précédent, il s’agit généralement d’une simple modification des conditions de travail.
La détermination de ce secteur est appréciée au cas par cas par les juges, en prenant en compte la distance entre les lieux, le temps de trajet, et l’existence de transports en commun. Au-delà de ce secteur, le changement est considéré comme une modification du contrat de travail.
La mention du lieu dans le contrat de travail
La simple mention du lieu de travail dans le contrat ne suffit pas à en faire un élément contractuel nécessitant un accord pour toute modification. Le plus souvent, cette indication est informative.
Pour que le lieu de travail devienne un élément contractuel nécessitant l’accord du salarié en cas de changement, il doit être stipulé de manière explicite comme exclusif ou déterminant du consentement du salarié lors de l’embauche.
Les conséquences du type de modification
Quand le changement est une simple modification des conditions de travail
Si la nouvelle affectation reste dans le même secteur géographique (sans clause de mobilité valable) ou si une clause de mobilité légitime s’applique, le changement est considéré comme une simple modification des conditions de travail. Dans ce cas, l’employeur peut l’imposer. Le salarié ne peut pas refuser sans s’exposer à des sanctions disciplinaires. Un refus injustifié peut aller jusqu’au licenciement pour faute grave.
Quand le changement est une modification du contrat de travail
Le changement de lieu de travail devient une modification du contrat de travail si le nouveau lieu se situe en dehors du secteur géographique initial (en l’absence de clause de mobilité valable) ou s’il touche à un autre élément contractuel essentiel.
Dans cette situation, l’employeur doit obtenir l’accord du salarié. La proposition de modification est généralement notifiée par lettre recommandée avec accusé de réception, et le salarié dispose d’un certain délai pour donner sa réponse.
Si le salarié refuse cette modification du contrat, ce refus n’est pas considéré comme fautif. L’employeur a alors deux options : renoncer à la modification ou, si le motif est légitime, engager une procédure de licenciement pour le motif initial de la proposition (par exemple, un licenciement économique).
Les limites à l’exercice du pouvoir de l’employeur
L’abus de droit et la bonne foi
Même lorsque l’employeur est en droit d’imposer un changement de lieu, sa décision doit reposer sur un motif légitime lié à l’intérêt de l’entreprise. Elle doit être mise en œuvre de bonne foi. L’employeur ne peut pas agir de manière abusive, vexatoire, discriminatoire ou porter une atteinte disproportionnée à la vie personnelle et familiale du salarié. Les juges peuvent contrôler cette bonne foi.
Les motifs légitimes de refus pour le salarié
Même face à un simple changement des conditions de travail, le salarié peut légitimement refuser si l’employeur abuse de son droit. C’est le cas si la décision n’est pas justifiée par un motif objectif de l’entreprise, si elle porte atteinte à la santé du salarié, à sa vie personnelle et familiale de manière excessive, ou si elle est mise en œuvre de mauvaise foi.
Dans ces situations, le refus du salarié peut être considéré comme justifié et ne donne pas lieu à sanction.

